Echappe-t-on un jour au besoin d’évasion ?

Echappe-t-on un jour au besoin d’évasion ?

S’évader, comme une nécessité

Pour mon premier voyage, mon meilleur ami n’a dit que ce n’était qu’une fuite en avant. Pour moi, il s’agissait d’une simple envie de partir à l’aventure. Mais pourquoi ai-je eu une telle envie de m’évader ? A l’époque, j’avais vingt ans et j’ai pris tout le monde de court en annonçant que je partirais vivre quelques mois en Australie. Pourquoi si loin ? Pourquoi prendre un tel risque en plein milieu de mes études ? Pourquoi partir seule ? Pourquoi ne pas attendre un peu. Mais surtout, pourquoi ? Soyons honnêtes deux minutes, je n’avais besoin de personne pour me poser ces questions. Et pourtant, quelques mois plus tard tout était arrangé, les billets achetés et mes fesses posées à l’étroit dans l’avion.

Six ans plus tard, de retour de Nouvelle-Zélande, je m’interroge encore. Pourquoi ? Mon copain et moi sommes partis un mois faire le tour de l’ile du Sud de la Nouvelle-Zélande. Ce pays est sublime et comme nous nous y attendions, nous avons croisés un bon nombre de voyageurs. De backpackers. Alors pourquoi est-ce que ces vieilles interrogations font-elles subitement surface à nouveau ? La réponse s’avère assez simple en réalité : je me suis revue dans ces jeunes backpackers. Pour eux, tout était extraordinaire et ils vivaient l’aventure de leur vie. Comme s’ils se prenaient pour des Indiana Jones modernes. Indy avec un toit au-dessus de la tête tous les soirs et du wifi.

Réaliser le mythe

Pour moi qui suis une expatriée de moins de trente ans, je suis entourée de personnes de mon âge qui voyagent sans cesse. Partir loin ne me semble en rien exceptionnel. Je dirais presque que ça en devient, banal ? Des jeux à boire se font sur les pays visités, on prend l’avion pour à peine un week-end et on raye les pays visités comme s’il s’agissait d’un accomplissement.

Ce besoin d’évasion à consommer sur place ou à emporter m’interpelle. D’où vient-il ? Certains s’évadent grâce à l’art, aux divertissements en tout genre. Ma génération semble se plaire dans le voyage et le déracinement. Il en vient maintenant de comprendre ce qui fait fuir. La réponse toute trouvée pourrait être le quotidien. Plutôt vague. Nous avons tendance à être plus éduques, plus conscient du monde qui nous entoure. Plus étouffes aussi par les attentes et les responsabilités auxquelles personne n’est réellement prépares. Alors autant se réinventé et échapper à un monde occidental hyper urbanisé et codifié.

Alors je me pardonne pour avoir rêvé de façon très naïve. Trop naïve. J’avais vingt ans et j’ai quand même vécu une aventure. A mon échelle. Je vais donc laisser mes compagnons de route profiter de leur expérience. Ils deviendront une vieille qui radote comme moi.

Parfois on éprouve le besoin de fuir, de s’échapper, de se perdre. Mais d’autres fois, on se perd sans le vouloir, au hasard d’un excès.

Françoise Sagan, Bonjour tristesse