Exorcisme de présentation

Exorcisme de présentation

Recommencer à écrire m’est toujours aussi anxiogène. Il y a quelques années, écrire me semblait pourtant aussi naturel que de respirer. Allez savoir pourquoi, comment, j’ai totalement perdu cette part de moi. Enterrée peut-être. Refoulée. Je tente tant bien que mal de me sortir d’une page blanche qui n’a pas évolué en près de cinq ans. Plus jeune, je m’enfermais dans ma chambre et pouvais passer des heures à taper sur mon clavier, seule devant mon écran. Lorsque mon premier ordinateur portable m’a lâchée, je l’ai pris comme un coup porté directement au cœur. Depuis, je me suis un peu détachée de la technologie mais sauvegarde régulièrement, très régulièrement, tout ce que je produis. Cela fait bien longtemps que je n’ai plus à enregistrer de texte. Je n’écris plus.

Se sentir angoissée à reprendre une activité qui m’était tellement essentielle me semble fou, presque ridicule. Oui, clairement ridicule. J’ai pourtant encore une fois une boule au ventre et je fixe mon écran sans savoir comment continuer. Et pourquoi ? C’est là une bonne question. Peut-être est-ce la peur de ne plus être aussi douée qu’avant. Réaliser que finalement, je n’ai jamais eu aucun talent. Aucun intérêt. Très certainement. Alors je vais continuer et réapprendre. Doucement. A mon rythme.

J’ai un jour lu que si l’on se réveillait le matin en se disant qu’on était quelque chose, quelqu’un, alors nous l’étions. Ce quelque chose était pour moi très simple à définir. J’ai grandi en me réveillant tous les matins en me répétant que j’étais écrivain. Aujourd’hui, lorsque je me lève, je suis photographe amateure, foodie, employée, polyglotte, féministe, écologiste. Aujourd’hui, je suis perdue. Et aucun de ces adjectifs ne me semble réel. Rien n’est complètement moi, comme si je n’étais pas aboutie.

Vient à présent le moment de dire stop à tout ce doute qui me paralyse. Cela ressemble presque à une excuse. Si je n’avance pas, ce n’est pas de ma faute. Non, c’est le doute, cette ombre dévorante. J’ai pourtant bien conscience que ça vient de moi et de moi seule. Je dis donc stop. Assez. Il est largement temps de doucement reprendre l’avantage face au doute, aussi effrayant soit-il. Je vais apprendre à me redéfinir, même si je ne peux plus me définir qu’avec un seul adjectif. Je vais donc apprendre à tout être à la fois et me sentir bien dans ces rôles multiples.